L'enfant aux poings serrés :
De ton père conçu, mais pas désiré, de tes s½urs vaguement inquiétées, par ta mère follement protégé, c'est avec bien de l'avance, et les poings serrés, que tu t'es présenté.
A peine né, surveillé, pesé, lavé...De nous, tu fus éloigné et, dans ta prison de verre, sous des lumières aveuglantes et médicalisées, à chaque visite je ne voyais qu'un enfant aux poings serrés.
Impossible de te rassurer, de te cajoler, de te dire que je t'aimais...Qui de nous deux avaient les poings les plus serrés, cela, je ne le sais.
La distance et la peur creusèrent un immense fossé : Lors de ton départ vers cet immense hôpital où pour pouvoir vivre, c'est de ton sang, tel un fardeau, que tu t'es débarrassé. Là, j'ai su que tu lutterais, à vie et que, toujours, ce serait les poings serrés.
Quand, enfin, à la maison tu es rentré, tout ce vide de quatre mois, c'est lentement et avec application, que j'ai essayé de le combler. Te protéger... Qu'il revient souvent ce mot... Car au cours de ta petite enfance, combien de fois je découvris, devant l'adversité familiale, un enfant aux poings serrés.
Ouvertement, ou dans tes poches, moi je sais que ta façon de dire NON, c'est de les serrer ces poings...Et seul tes yeux parfois te trahissent... Alors au plus fort des disputes, nous sommes deux à les serrer ces poings, prêt à cogner.
Adolescent, tant bien que mal, et loin de tous, c'est part l'amour que tu t'es découvert cette envie de parler, et de traduire tes frayeurs... Te faisant trop possessif, loin de toi s'en est allé cet amour, et revint vers moi un enfant aux poings serrés...
Ne soit pas pressé, mon fils, dans la vie, chaque chose prend sa place, en son temps et lentement... Tes mains s'ouvriront pour caresser un amour neuf et fort.
Et puis un jour, c'est devant toi que se tiendra : TON ENFANT AUX POINGS SERRES.
Alors ouvre les bras, et apprends-lui à AIMER.
Ma mère, pour mes 20 ans, le 4 février 2000.